En 2010, la chaussure s’est plutôt mieux portée que le prêt-à-porter, avec des ventes en hausse de 2,6% pour atteindre 8,6 milliards d’euros, selon Chaussure de France, la fédération professionnelle. Au total, ce sont 349 millions de paires qui ont été vendues en France.
2010 marque donc un rebond du marché de la chaussure, après deux années de recul, respectivement de 1,6 % en 2008 et de 0,7 % en 2009. Malheureusement, ce sont, comme d’habitude, les importations qui ont le plus progressé, enregistrant une hausse de 15 % en un an pour frôler les 4,4 milliards d’euros, du jamais vu ! Au premier rang des fournisseurs de chaussures en France, on retrouve bien sûr la Chine, qui représente à elle seule 58% des volumes écoulés. Suivie, loin derrière, par l’Italie et le Vietnam (entre 7 et 8 % chacun).
Après quinze (et même plutôt trente) ans de crise du secteur, les effectifs de la filière française de la chaussure sont passée de 62.300 salariés en 1980 à 28.500 en 1996, pour atteindre un triste record en 2010 avec 7.000 salariés « rescapés » ! Or 2010 est la première année pour laquelle plusieurs signaux positifs ont pu être aperçus.
Tout d’abord, la production française a connu une hausse ! Oui, oui, le nombre de chaussures produites par des entreprises françaises a augmenté de 3 % pour s’établir à 27 millions de paires (contre 199 millions en 1985) et le chiffre d’affaires a cru quant à lui de 4 % à 885 millions d’euros. Une petite division (CA/production) nous conduit donc à un prix moyen de la paire de chaussures françaises qui tournerait autour de 32,8 euros… Vous en connaissez beaucoup, vous, des chaussures Made in France vendues à ce prix ? A part des espadrilles, fabriquées du côté de Mauléon (64), il n’y en a guère. Une paire de chaussures réellement fabriquée en France tourne plutôt autour de 100 euros minimum, voire beaucoup plus pour certaines marques positionnées sur le très haut de gamme. Cela signifie donc que derrière ces chiffres « encourageants », se cachent principalement des créateurs-distributeurs de chaussures, certes implantés en France, mais dont la production est bien souvent délocalisée en Tunisie (quatre fois moins chère qu’en France) ou en Chine (vingt fois moins chère !), ou encore au Bangladesh. Et, lorsque ces entreprises produisent en France, il s’agit souvent juste des prototypes et éventuellement d’un peu d’assemblage.
Bien sûr, il reste encore une poignée de véritables fabricants de chaussures français, dont le positionnement sur certains segments de marché permet de conserver la totalité ou une grande majorité de la fabrication dans l’Hexagone. Il y a le luxe, bien entendu, avec des marques connues (mais pas à la portée de toutes les bourses !) telles que Weston, Clergerie (qui vient par ailleurs d’être rachetée par un fond chinois, qui se serait engagé à maintenir la production et les emplois en France) ou Repetto. Il y a également le segment de la chaussure dite de confort, à l’image des Chaussures Samson (marques Elantine, Ombelle, Artika et Hasley), celui de la chaussure sur-mesure ou encore de la chaussure personnalisable avec de jeunes entreprises qui se sont lancées sur ce créneau, comme Tibbs Deville.
Lorsque la production française connaît une hausse, les chiffres rendus publics (volumes et chiffre d’affaires) ne permettent donc pas de savoir si la part de chaussures vraiment fabriquées en France progresse… Mais, si l’on en croit les déclarations de Jean-Pierre Renaudin, le Président de la fédération, il n’y a guère d’illusions à se faire : « Nous avons atteint le fond de la piscine, estime-t-il. Désormais, il faut conserver cet équilibre entre des marques restées en France, qui sous-traitent en partie à l’extérieur, et conservent sur le territoire le montage, la fabrication de la première collection et le bureau d’étude ».
Un point positif, néanmoins : le style français est très apprécié à l’international. Ce que confirme Jean-Pierre Renaudin, et ce qui apporte une bouffée d’oxygène aux marques Made in France. L’an dernier, les exportations tricolores ont bondi de 17 %, à 1,5 milliard d’euros. Chaussures Samson, le leader français de la chaussure de confort, illustre parfaitement ce nouveau débouché. L’entreprise a en effet misé sur l’export pour étoffer ses ventes. Parti de zéro il y a trois ans, le groupe choletais réalise aujourd’hui 20 % de ses 15 millions d’euros de chiffre d’affaires hors de France, grâce à cinq commerciaux et à une dizaine d’agents. « Le made in France est un argument commercial immense pour nous », insiste Bernard Quenehervé, le patron de Samson et de ses 180 salariés. C’est donc ce socle industriel que Chaussure de France veut préserver dans l’hexagone. Pour cela, la fédération va créer d’ici à la fin de 2011 une pépinière d’entreprises, afin d’aider les jeunes à se lancer. Les candidats se pressent au portillon. Ils disposeront d’un atelier pour les prototypes à Romans (Drôme) et la production se fera à Cholet (Maine et Loire). L’aide à la gestion se fera à Paris.
Des discussions sont aussi en cours pour que la fédération se porte caution auprès des banques afin de soutenir le développement de jeunes entreprises. «Le maillon stratégique dans la chaîne de valeur n’est plus la compétitivité, mais la création, et l’identification d’une collection à travers une marque. C’est ce savoir-faire qu’il faut garder », insiste Jean-Pierre Renaudin.
Il faudra également veiller à conserver le savoir-faire des ouvrières et ouvriers de la chaussure en France, ainsi que des métiers périphériques, sans lesquels les entreprises produisant dans l’Hexagone risquent de rencontrer bientôt de véritables problèmes de recrutement. Sans compter que beaucoup d’ouvriers licenciés se sont reconvertis et ne veulent plus entendre parler de cette industrie. Au moment où la chaussure française semble vouloir retrouver quelques couleurs, certes pâlichonnes mais bien réelles, il serait quand même particulièrement navrant que les entreprises soient freinées dans leurs ambitions faute de personnel qualifié.
Et dernier signe encourageant pour 2010, une relocalisation, et même une double relocalisation ! Celle de Charles Jourdan et Stéphane Kélian, deux marques emblématiques de Romans-sur-Isère et dont les histoires respectives sont jalonnées de liquidations, licenciements, délocalisations (Portugal, Espagne, Italie). En 2007, le Groupe Royer entre dans le jeu et rachète Stéphane Kélian puis, en 2008, Charles Jourdan. Curieusement, Royer, qui détient de nombreuses marques dont Kickers, les baskets Converse, ou Keds, et qui produit à 85 % en Asie, réinvestit Romans en 2010. Le groupe y produit aujourd’hui l’ensemble des modèles de ces deux marques de luxe. Bon, la rentabilité n’est pas encore au rendez-vous, mais Royer s’est donné jusqu’à fin 2011 pour y parvenir. Croisons les doigts !
Le secteur de la chaussure semble donc vouloir sortir de la crise dans laquelle il s’est enlisé depuis bien des années. La France ne retrouvera vraisemblablement jamais (en tous les cas, pas à court ni à moyen terme) de production de masse, mais il lui reste néanmoins une carte à jouer dans le domaine du moyen et du haut de gamme. Une opportunité à saisir rapidement, avant qu’il ne soit trop tard…









La Chine est ainsi devenue la première source de pneus importés en Europe (27 % des importations totales), devant la Corée (16 %), le Japon et les États-Unis. Parallèlement, entre 2007 et 2008, les exportations de pneumatiques européens vers la Chine n’ont progressé que de 800.000 unités, à 1,8 million.



