A quand des salaires mexicains ou chinois en France ?

22 juillet 2010 par admin 1 commentaire »

Les salariés de l’usine General Motors de Strasbourg étaient appelés lundi à se prononcer sur le plan de reprise du site alsacien, qui avait été placé dans la structure dédiée à la revente ou à la fermeture des unités de l’ex numéro un mondial automobile. En jeu, l’avenir du site et de ses 1 150 emplois.

Avec l’espoir de sauver leur emploi, les salariés devaient donc décider lundi par un vote à bulletin secret s’ils étaient prêts à renoncer à certains avantages, comme l’intéressement, les cotisations patronales à la mutuelle de santé, les subventions au restaurant d’entreprise, ou sur les journées de RTT, dont 7 ou 8 (sur 17) disparaîtraient. Objectif de ce plan : se rapprocher du coût de la main d’œuvre au Mexique.

Pourquoi le Mexique ? Parce que la direction du groupe, aux États-Unis, doit décider le mois prochain si elle confie la fabrication de boîtes de vitesse à Strasbourg, ou à une de ses usines au Mexique, où les salaires sont moindres. Et la condition à cette éventuelle poursuite de l’activité du site strasbourgeois est la baisse des coûts de main d’œuvre de 10 %.

Les salariés, en majorité prêts à faire des sacrifices pour conserver leur emploi, ont donc voté « oui » au plan de reprise. Sur 929 votants (sur 957 salariés présents sur le site, taux de participation 97%), 645 ont accepté le plan (70,65%), 268 ont voté contre (29,35%), a indiqué mardi Jean-Marc Ruhland, délégué CFDT (majoritaire), syndicat co-organisateur du vote (avec FO et la CFTC).

Hostile au plan de reprise, la CGT avait appelé à voter « non ». « Nous refusons de signer un chèque en blanc aux dirigeants de GM. Ils ne nous donnent aucune garantie sur l’emploi en contrepartie de ce qu’ils nous demandent », dit Roland Robert, de la CGT. « De toute façon, le rôle des syndicats n’est pas de faire baisser le revenu des salariés. Nous n’avons pas à nous comparer aux travailleurs qu’on exploite au Mexique, en Chine ou je ne sais où. »

Certains grands groupes ont en effet trouvé là un moyen assez pratique pour faire baisser les coûts de production des usines françaises, soi-disant trop élevés pour être compétitifs : le chantage ! Le deal est simple : les salariés acceptent de revenir sur certains avantages, de geler leurs salaires, etc., sinon, c’est la fermeture de l’usine. Et les marchés sont alors confiés à des usines plus « compétitives », généralement situées dans des pays dits « low cost ».

Et General Motors n’est pas le premier a utiliser cette arme ! Une arme qui, si elle permet généralement de sauvegarder des emplois sur le moment, n’est pas toujours une garantie sur le moyen ou long terme :

  • Continental négocie actuellement des concessions salariales pour ses usines de Toulouse, Foix et Boussens. Ces sites sont mis en concurrence avec des sites allemands, à qui on a proposé le même « marché ».
  • Goodyear a mis en place une nouvelle organisation de la production sur son site d’Amiens Sud. Le site d’Amiens Nord, qui avait refusé cette même réorganisation, a été sanctionné  en perdant la fabrication de certains pneus.
  • Chez Bosh, les salariés du site de Vénissieux avaient proposé en 2004 de revenir sur les 35 heures pour assurer la pérennité de leur usine. Or aujourd’hui, ces concessions (perte de jours de RTT, gel des salaires, moindre majoration des heures de nuit, etc.) ne semblent plus suffire pour attirer de nouveaux investissements au sein du groupe.
  • Le volailler Doux avait proposé le même type de marché que Bosh à ses salariés. A ceci près que le groupe va aujourd’hui mieux, même s’il est passé par de sérieuses restructurations à la suite notamment de la grippe aviaire.
  • Chez Hewlett-Packard, pour limiter les effets dévastateurs d’un sévère plan social, les salariés ont renégocié leur accord sur la réduction du temps de travail. Il renoncent à 12 jours de RTT, et sauvent alors 250 emplois. Le plan de retructuration a été mis en place dans le courant de l’année 2006. Et trois ans plus tard, les sites français sont frappés par deux nouveaux plans, soit un total de 1 120 emplois.
  • Sous la menace d’une délocalisation à Taiwan, les salariés du dernier fabricant français de scooters, Peugeot Motocycles, ont consenti en 2008 à renégocier l’accord sur le temps de travail signé en 1999. En acceptant de passer de 22 jours de RTT à 11, les syndicats obtiennent de la direction la promesse de confier aux sites français la production d’un nouveau modèle. Ce projet a  permis de maintenir les 1 050 emplois menacés.
  • En Italie, cette fois, c’est le constructeur Fiat qui a conditionné la relocalisation de la fabrication de sa célèbre Panda à une augmentation de la productivité et de la flexibilité de son usine napolitaine. Le plan proposé a été approuvé à « seulement » 62 % par les salariés, alors que le constructeur avait fixé le seuil à 70 %. Fiat a néanmoins validé, début juillet, la relocalisation de la Panda.

Les exemples se multiplient donc. Il faut dire que les entreprises ont la partie facile. Pétrifiés à l’idée de perdre leur emploi, les salariés sont prêts à faire des concessions et des sacrifices. Et l’industrie française est dans un tel état, que l’idée de perdre une usine de plus tétanise tout le monde. Seuls quelques syndicats osent élever la voix, et dénoncer le chantage à l’emploi qui est pratiqué. Mais souvent en vain. Et souvent contre l’avis des salariés. Ainsi, dans l’usine strasbourgeoise de GM, un tract affiché et signé par des « salariés en colère » s’en prenait non pas à la direction mais à la CGT (hostile au plan de reprise) à laquelle elle adressait « un carton rouge ».

Il y a déjà eu quelques cas scandaleux de reclassements en Roumanie proposés à des salariés licenciés en France. A quand des salaires roumains, mexicains, marocains ou chinois proposés en France en échange du maintien d’une entreprise sur notre territoire ?

L’industrie, oui, mais pas à n’importe quel prix ! Car pour le moment, les négociations ne portent pas sur les salaires proprement dits, mais sur les « à côtés » (RTT, intéressement, majoration des heures de nuit…). Jusqu’à quand ?

Délocalisations : les hôpitaux aussi…

16 juillet 2010 par admin Pas de commentaires »

A l’Hôpital Beaujon, en région parisienne, on n’est pas à cours d’idée quand il s’agit de faire des économies. La dernière en date consisterait à sous-traiter la saisie des comptes-rendus au… Maroc !

Le marché serait confié à une société française, M-Secure IT, spécialisée dans la sécurité informatique, et disposant d’une filiale marocaine. Cette délocalisation, car c’est bien de cela dont il s’agit, permettrait de réduire les coûts de saisie des comptes-rendus (1 euro la page). De plus, la direction de l’hôpital comptait utiliser ce service afin de diminuer la charge de travail de son personnel, et également faire face à un manque d’effectif.

Face aux protestations, notamment des syndicats, soulevées par cette annonce, l’hôpital se défend. Anne Costa, directrice par intérim de l’hôpital explique ainsi qu’il « ne s’agit pas du tout d’un programme de suppression de postes (…) mais d’une aide aux secrétaires médicales en cas de surcharge de travail ou quand plusieurs d’entre elles sont indisponibles ».

Elle justifie aussi le recours à ce service pour pallier les retards dans le processus de recrutement. Un argument invalidé par le syndicat « Force ouvrière », qui atteste qu’il y a « des secrétaires compétentes en CDD dans l’hôpital, dont les contrats ne sont pas renouvelés ».

Se pose également le problème de la confidentialité des dossiers médicaux. Le Maroc vient certes de se doter d’une loi de protection des données, mais elle n’est pas encore reconnue comme adéquate par l’Union européenne, rappelle à ce sujet la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés. « Une autorisation spéciale de la CNIL est en cours de sollicitation », a fait savoir la direction de Beaujon.

Si cette annonce fait aujourd’hui l’objet de contestations, elle n’est malheureusement pas la première. Nombre d’hôpitaux ont déjà externalisé certains de leurs services. L’archivage, par exemple, est souvent confié à des sociétés spécialisées françaises ayant des filiales à l’étranger (Maroc, Amérique du Sud…). Il se dit également que l’analyse de certains scanners ou IRM serait parfois effectuée bien loin des hôpitaux les ayant réalisés… Mais sur ce sujet, il est bien difficile, voire impossible, de trouver des éléments tangibles…

En attendant la suite de l’affaire de l’Hôpital Beaujon, sur laquelle la CNIL devra se prononcer, ce projet de délocalisation pourrait  adopter la formule du volontariat, les services se sentant surchargés pouvant y faire appel. Aucun candidat ne se serait pour le moment manifesté…

Le Maroc se rêve en petit dragon de la Méditerranée

13 juillet 2010 par admin Pas de commentaires »

port-tanger-med

Au palmarès des pays préférés des industriels à la recherche de coûts de fabrication attractifs, il y avait déjà, notamment, la Chine, l’Inde, les pays d’Europe de l’Est et la Tunisie. Il faut désormais également compter avec le Maroc.

Depuis quelques semaines, de pleines pages de publicité vantant le « Maroc industriel » fleurissent dans les magazines économiques. Elles sont le fruit d’une politique industrielle affirmée mise en œuvre dans ce pays depuis quelques années.

Il faut dire que les élites marocaines enrageaient de voir les notations de leur pays sur le plan des investissements industriels : 128ème rang au classement Doing Business de la Banque Mondiale, et 73ème rang de l’étude de compétitivité du World Economic Forum. Pas de quoi pavoiser ! Pourtant le nombre d’industriels adeptes du « Made in Morocco » est sans cesse croissant.

Depuis 1999, ce sont les projets dans les infrastructures qui ont tout d’abord déferlé sur le pays : autoroutes, tramways, ports et bientôt TGV (vendu par Alstom !). Et depuis 3 ou 4 ans, les projets industriels ont pris le relais : automobile, aéronautique, énergie ou offshoring (délocalisation de services informatiques), en provenance d’Europe, du Japon ou des États-Unis.

Si les investissements déjà réalisés sont encore plutôt de petite taille, et sur des opérations à faible valeur ajoutée, la tendance est très nettement à la hausse, aussi bien en nombre qu’en taille des projets. A ce titre, la future usine de Renault, en construction sur la zone du port Tanger-Med, vise par exemple une production de 400 000 véhicules/an, et sera la plus productive de toutes les usines du groupe. A elle seule, elle devrait compter 6 000 salariés, plus 30 000 chez les fournisseurs. Et il est même prévu la construction d’une ville nouvelle de 50 000 habitants à proximité !

Afin d’atteindre son objectif, l’État marocain ne s’est pas contenté d’afficher sa volonté politique de développement industriel. Il l’a accompagnée de mesures et de programmes particulièrement incitatifs. Tout le corpus réglementaire et fiscal a été adapté, des aides pour les PME ont été initiées, des zones franches créées, et une politique de parcs d’activités lancée. Seize plates-formes industrielles sont ainsi au programme, avec mobilisation du foncier, viabilisation et services associés. Certaines existent déjà, comme la zone franche TFZ, qui en dix ans, a permis d’accueillir 522 entreprises pour 50 900 emplois. Des entreprises exportatrices particulièrement soignées sur ces zones franches : franchise d’impôt pendant 5 ans (8,75 % ensuite), pas de TVA, ni de droits de douane, ni de contrôle des changes.

Le Maroc joue donc à fond ses atouts : un coût du travail bas (le Smic à 1 euro de l’heure), une fiscalité très attractive pour les exportateurs, la proximité avec l’Europe, et des infrastructures modernisées. Seuls bémols ? Le marché de l’emploi qualifié est plutôt réduit, et des tensions apparaissent sur les salaires. Auxquels il convient d’ajouter une bureaucratie encore assez pesante.

Mais tout est là pour que le Maroc puisse « piquer » des clients à l’Europe de l’Est devenue trop chère, et à l’Asie trop lointaine et risquée (contrefaçon, délais trop longs, qualité parfois insuffisante…). Voire à la Tunisie, jusqu’à présent le pays du Maghreb le plus développé industriellement parlant.

Et si l’on en croit la Fédération française de la mécanique, qui fait le plein à chacune de ses missions de prospection au Maroc, les délocalisations ont, malheureusement, encore de beaux jours devant elles !

Pour vos barbecues, choisissez bien votre charbon de bois !

2 juillet 2010 par admin Pas de commentaires »

charbon

Le barbecue, l’incontournable de tout été qui se respecte. Et pour ceux qui n’ont pas encore craqué pour un modèle au gaz, il y a ce bon vieux charbon de bois.

Or, il y a charbon de bois et charbon de bois. Je m’explique. Tout d’abord, au niveau écologique, le bilan carbone du charbon de bois est, à priori, plutôt mauvais. C’est l’un des combustibles qui émettent le plus de CO2, à pouvoir calorifique équivalent. Plus ennuyeux encore, sa fabrication est très gourmande en énergie. Il faut brûler 4 kilos de bois pour obtenir un petit kilo de charbon de bois. Mais, car il y a un mais, ce bilan assez peu flatteur est à nuancer. Car, à la différence des autres combustibles, le bois transformé en charbon est issu d’un arbre qui a capté du CO2 durant sa croissance. « En France et en Europe, la forêt étant gérée durablement, elle s’accroît et joue donc le rôle de puits de carbone : la fixation de CO2 par photosynthèse (accroissement biologique de la forêt + plantations artificielles) est même supérieure aux émissions dues à la décomposition et à la combustion », détaille l’Ademe. Bon, donc tout n’est pas si mauvais que cela.

Et il y a mieux. Le charbon de bois « Made in France » est issu en grande majorité de déchets – non traités – de scieries, ou encore de coupes réalisées « pour l’entretien » de la forêt, assure Henri Bordet, patron du syndicat français du charbon de bois et de l’entreprise Bordet Frères (leader français du secteur). Le charbon de bois ne contribue donc pas à la déforestation. Pas de pollution non plus puisque les législations française et européenne imposent que les gaz émis lors de la pyrolyse (combustion partielle) du bois soient récupérés et détruits.

Bordet Frères est d’ailleurs allé encore plus loin dans la démarche environnementale, en mettant en place un système de production « carbo-épuré ». En clair : l’énergie perdue au cours de la combustion (partielle) du bois est récupérée pour être utilisée lors du séchage du bois, première étape de la production. Et l’entreprise profite même de l’énergie dégagée par la destruction des gaz nocifs de cette même combustion pour produire de l’électricité en co-génération.

Tout serait donc parfait si le charbon de bois utilisé en France (100 000 tonnes consommées chaque année) ne venait pas pour plus de la moitié de l’étranger. Outre le fait d’alourdir la facture CO2 avec le transport, le charbon importé vient souvent de pays soupçonnés de pratiquer la déforestation afin de le produire (Nigeria et Indonésie notamment). Et même si 25 % du charbon importé vient de Belgique, il se trouve que ce pays en produit très très peu, et donc en importe beaucoup. Ce qui nous ramène au problème précédent de déforestation.

Résumons-nous. Le bilan carbone du charbon de bois n’est donc pas si désastreux que cela, à une condition : choisir du charbon de bois Made in France.

  1. parce qu’il est produit à partir de déchets de scierie ou de coupes d’entretien de forêts gérées durablement
  2. parce qu’il est produit en respectant des normes environnementales strictes
  3. parce qu’il n’a pas parcouru x fois le tour de la planète pour arriver jusqu’à votre barbecue
  4. parce qu’il ne participe pas à la déforestation

Et pour récompenser ceux qui auront lu ce billet jusqu’au bout, voici une méthode d’allumage de votre barbecue rapide, efficace et sans danger !

Source : Terra eco

Le lin « Made in France » défile

1 juillet 2010 par admin Pas de commentaires »

LINstallation

En plein milieu de la Fashion Week parisienne, la Confédération européenne du lin et du chanvre (Celc) a eu l’idée de promouvoir le lin français dans la cour du Palais Royal, du 1er au 7 juillet. C’est ainsi que les visiteurs peuvent découvrir, sur 200 m², un « champ » de fleurs de lin en provenance de la Seine-et-Marne, agrémenté d’une vingtaine d’épouvantails champêtres présentant les créations des plus grands noms de la mode ­ Thierry Mugler, Vanessa Bruno ou encore Kenzo. Des créations confectionnées uniquement en lin, bien sûr.

«LINstallation » est ainsi une exposition végétale, urbaine et éphémère, qui a pour objectif de mettre en lumière une filière française souvent méconnue, mais pourtant performante. « On le sait peu, mais l’Europe fournit 80 % du lin mondial, et la France est le premier producteur européen. A l’heure où l’on veut savoir d’où vient ce que l’on porte et ce que l’on mange, où l’on revient au made in France, c’est l’occasion de rappeler l’existence de la filière », précise Marie-Emmanuelle Belzung, directrice de la Celc.

60 000 hectares de lin sont cultivés en France, dont 1 800 dans le département de la Seine-et-Marne, qui compte ainsi 80 producteurs. 4 d’entre aux ont d’ailleurs planté leur tente à Paris, ravis de pouvoir faire découvrir leur métier et de promouvoir leur filière.

Une filière très performante au niveau culture, avec en plus une plante peu gourmande en eau et en produits chimiques. Une matière première quasi bio ! En revanche, elle affiche un bilan carbone plus contrasté. La raison ? Il n’existe quasiment plus de filatures en France. La plupart des fibres une fois triées partent donc directement pour la Chine, afin d’y être filées, tissées, et les articles en lin (vêtements, linge de maison…) confectionnés. Avant de se retrouver de nouveau dans les allées de nos magasins. Après avoir parfois parcouru… sept fois le tour du monde !

Une illustration parfaite des situations ridicules engendrées par la mondialisation !

Pas de leçon à recevoir de la Chine !

28 juin 2010 par admin Pas de commentaires »

Hu-jintao

Dans le cadre du G20, qui réunit à Toronto les 20 puissances économiques de la planète, industrialisées et émergentes, le président chinois Hu Jintao a mis en garde ses collègues contre un arrêt trop brutal des politiques de relance et contre la tentation de mettre en place des mesures protectionnistes.

« Nous devons agir de manière prudente et adéquate concernant le calendrier, le rythme et l’intensité de l’arrêt des ensembles de mesures de relance, et consolider l’élan de la reprise de l’économie mondiale », a affirmé M. Hu dans sa déclaration aux chefs d’État et de gouvernement du G20, transmise à la presse.

« Nous devons prendre des mesures concrètes pour rejeter toute forme de protectionnisme, et militer et soutenir sans équivoque le libre-échange », a-t-il ajouté.

En voilà un qui ne se gêne pas quand il s’agit de prêcher directement pour sa paroisse ! Déjà la semaine dernière, sachant qu’elle allait être pressée par ses camarades du G20 de réévaluer le yuan, la Chine avait annoncé qu’elle laissait le yuan décrocher du dollar. Une annonce qui ne devrait pas changer grand chose, dans la mesure où la correction ne devrait pas excéder quelques pour-cents, alors que la réalité est plus proche d’une sous-évaluation d’environ 50 % par rapport à l’euro. Mais du coup, le sujet a été évacué du G20 !

Et voilà maintenant que la Chine se pique de nous donner des « conseils ». On croit rêver ! Parce qu’en matière de protectionnisme, la Chine en connaît un rayon. Les entreprises étrangères, alléchées par l’énôôôrme marché chinois, sont de plus en plus nombreuses à déchanter et à se plaindre du protectionnisme.

Dès 2009, Philippe Mellier, patron d’Alstom Transport, dénonçait la fermeture progressive du marché du ferroviaire pour laisser les entreprises chinoises prospérer. Résultat, le TGV chinois se développe, et commence à remporter des appels d’offres hors de Chine. Début 2010, c’était le tour des équipementiers occidentaux des télécoms. Alors que des équipementiers chinois remportent des contrats en Europe, comme Huawei, sélectionné fin 2009 “par SFR et Bouygues Telecom pour étendre leur couverture 3G, et par Telenor et Tele2 en Suède, en 4G”, une nouvelle réglementation chinoise, dévoilée en novembre, “crée un catalogue de produits informatiques et de télécommunications que l’administration est autorisée à acheter. Seuls y sont admis les équipements dont les marques et brevets ont été déposés initialement en Chine et sont détenus par une entité chinoise ».

Et encore dans le cadre des marchés liés à l’exposition universelle de Shanghai, où les entreprises locales ont été largement privilégiées par le gouvernement chinois. Et rappelons également que les entreprises européennes qui souhaitent s’établir en Chine ne peuvent détenir que 50 % des parts de l’entreprise créée. Le reste étant obligatoirement détenu par une entité chinoise. A ma connaissance, quand des entreprises chinoises viennent en Europe faire leur marché, et racheter par exemple des entreprises dans le secteur des machines-outils, elles ne sont soumises à aucune obligation similaire ! Profitant de la fragilité des entreprises européennes, les industriels chinois mettent ainsi la main, pour pas cher, sur des technologies et des savoir-faire techniques longs et couteux à développer. Dans l’indifférence la plus totale !

Alors, en la matière, la Chine n’a aucune leçon à nous donner !

Nestlé attaque ECC et sa dosette biodégradable « Made in France »

25 juin 2010 par admin 2 commentaires »

ECC

Personne sur cette planète n’a pu échapper au matraquage médiatique de Nestlé, avec le beau Georges, pour ses cafetières et ses dosettes Nespresso. Blindé de tous les côtés par rien moins que 1 700 brevets déposés, Nespresso se pensait intouchable avec son formidable et très juteux quasi monopole (1,8 milliards d’euros de chiffres d’affaires en 2009).

Mais voilà, deux vilains ont entrepris de contourner ces brevets, et de commercialiser des dosettes compatibles avec le système Nespresso.

Le groupe américain Sara Lee (Maison du Café), qui commercialise ses dosettes compatibles depuis avril 2010, a été le premier attaqué  en justice par Nestlé le 15 juin dernier. C’est aujourd’hui au tour d’Ethical Coffee Compagny (ECC) de faire l’objet de poursuites judiciaires.

ECC a été créé par Jean-Paul Gaillard, ancien patron de Nespresso France, qui fournit ainsi depuis le mois de mai le groupe Casino en dosettes compatibles biodégradables. Et des dosettes « Made in France », s’il vous plaît ! La capsule est en effet fabriquée par une entreprise tarbaise, Vegeplast, qui a travaillé durant deux ans à la mise au point de cette dosette en bioplastique à base d’amidon de maïs. Pour 2010, 450 millions de dosettes devraient être fabriquées, et 2 milliards sont prévues pour 2011. Les dosettes d’ECC sont donc pyrénéennes. Elles sont ensuite remplies et encapsulées par une entreprise savoyarde, spécialiste du café de qualité : les établissements Folliet, basés à Chambéry.

Jean-Paul Gaillard, PDG d’ECC, pensait donc avoir trouvé la faille dans la jungle de brevets déposés par Nestlé. Mais le géant suisse de l’agroalimentaire n’a pas tout à fait la même vision des choses, semble-t-il. Un huissier vient donc de saisir une cinquantaine de dosettes chez Vegeplast et Folliet. Et Nestlé a entamé une action en «saisie-contrefaçon» «pour la violation du brevet du système Nespresso».

L’affaire est en cours.

Le TGV « Made in China » arrive

24 juin 2010 par admin 1 commentaire »

tgv chinois

Depuis environ 6 mois, la Chine bat tous les records mondiaux en matière de train à grande vitesse.

D’abord en terme de vitesse. Que cela soit en vitesse moyenne, avec leur 312,5 km/h sur la ligne Canton – Wuhan, là où la France plafonne aux environs de 270 km/h sur des distances bien plus courtes. Mieux, le TGV chinois monte à plus de 350 km/h, contre un maximum de 320 km/h en France.

Il y a également une bataille entre la Chine et la France pour savoir qui détient la plus longue ligne à grande vitesse. Les chinois annoncent une ligne de 1 069 kilomètres, ce qui les placerait encore en tête. Mais ce chiffre est démenti par les français, notamment par Alstom et la SNCF, qui prétendent détenir le record avec la ligne Calais – Marseille, longue de 1 067 kilomètres, alors que la véritable longueur de la ligne chinoise ne serait que de 952 kilomètres.

Ridicules, pensez-vous, ces petites querelles ? Eh bien non, car il en va de la suprématie mondiale en matière de train à grande vitesse. Et d’énormes marchés à décrocher sur la planète.

Le gouvernement chinois affiche ainsi des ambitions colossales pour son pays. Il entend construire rien moins que 45 000 kilomètres de LGV d’ici à 2020, pour un investissement de 400 milliards d’euros. Une bricole !

La France aurait-elle une carte à jouer avec ce gigantesque marché ? Elle qui jouit d’une trentaine d’années d’expérience, avec une entreprise spécialisée, Alstom, connue et reconnue. Eh bien… non !

En effet, Alstom a dès le départ refusé tout net les transferts de technologies exigés par les autorités chinoises pour la construction de leur matériel ferroviaire. Ce sont donc les allemands avec leur Velaro, et les japonais avec leur Shinkansen, qui ont accepté le deal avec les chinois.

Et le fait est que les transferts de technologie imposés aux groupes occidentaux et japonais pourraient très vite se retourner contre eux. Les chinois ont ainsi eu accès à toutes les meilleures technologies, sans rien faire ou presque. Et comme ils apprennent vite, très vite, ce sont eux qui sont aujourd’hui les mieux placés pour remporter un appel d’offres géant en Arabie saoudite, qui souhaite relier les lieux saints par des lignes TGV.

Et voilà comment, en voulant à tout prix croquer un morceau du gigantesque marché chinois, certaines entreprises acceptent de leur fournir les technologies, les brevets, les plans, les usines, les ingénieurs…, le tout abrité dans une co-entreprise généralement dirigée par un chinois. Et derrière, qui ces entreprises retrouvent-elles juste devant elles dans les appels d’offres, partout ailleurs sur la planète ? La Chine. Qui vient leur rafler les marchés sous le nez !

Là où Alstom a eu le courage de dire non, d’autres n’ont malheureusement pas pu résister aux sirènes chinoises. Et même si Guillaume Pepy, président de la SNCF, veut croire que « trente mois d’expérience ne peuvent pas encore rivaliser avec 30 ans d’expérience », cela ressemble plutôt à de l’autosuggestion…

Dans un autre de nos « domaines d’excellence français », l’aéronautique, Airbus annonce aujourd’hui qu’elle augmente les capacités de production de son usine chinoise. Enfin, non, pas son usine chinoise, mais plutôt l’usine qu’elle partage avec un consortium chinois, et dont le président est… chinois. Combien de temps faudra-t-il à un nouveau constructeur aéronautique chinois pour venir concurrencer  Airbus et Boeing ?

Tout ceci est d’autant plus ennuyeux que, si l’on en croit nos amis les politiques et autres experts, l’industrie française doit capitaliser sur ses filières d’excellence que sont l’automobile (qui a perdu la moitié de ses capacités de production en 3 ans) et l’aéronautique, sans compter notre fameux TGV Made in France ! Les autres filières (textile, électronique…) étant soit déjà mortes, soit en fin de vie (sauf peut-être l’agroalimentaire).

Mais que va-t-il donc nous rester ?

Fiat s’inscrit dans un « projet global pour l’Italie »

21 juin 2010 par admin Pas de commentaires »

Fiat

Certains de nos constructeurs automobiles « nationaux » feraient bien de regarder du côté de l’Italie, car il s’y passe des choses intéressantes.

Le constructeur italien Fiat a en effet décidé cette année d’inscrire sa politique industrielle dans « un projet global pour l’Italie ». Ce projet, présenté à Turin en avril 2010, prévoit de consacrer à la péninsule les deux tiers de ses investissements prévus d’ici à 2014, afin d’y produire 1,4 million de véhicules par an sous ses marques et celles de Chrysler. Sachant qu’en 2009, la marque italienne en avait construit 650 000. Cela implique de moderniser des établissements obsolètes – cinq en tout, dont quatre dans le Sud – pour leur permettre de produire à 60-65 % de leurs capacités. Sergio Marchionne, administrateur délégué de Fiat, a déjà décidé de fermer fin 2011 son usine de Sicile, à Termini Imerese, qui assemble des Lancia Ypsilon à des coûts exorbitants. Cette décision lui a d’ailleurs valu une violente polémique sur la scène politique italienne.

Mais aujourd’hui, il s’agit de prendre ou non la décision de relocaliser la fabrication de la célèbre Panda, actuellement effectuée en Pologne, dans l’usine napolitaine de ­Pomigliano d’Arco. La Panda est un modèle capital dans la gamme Fiat. Cette petite cylindrée, très populaire, a été produite en Italie à 4,5 millions d’exemplaires en vingt-trois ans avant d’être délocalisée en Pologne en 2003. Selon le Corriere della Sera, une Panda «made in Italy», aux coûts actuels de production, coûterait de 500 à 600 euros de plus qu’à Tychy.

Un investissement de 700 millions d’euros serait donc envisagé dans l’usine napolitaine de 5 500 personnes. Mais en contrepartie, Fiat demande à ses salariés un effort de productivité important afin de ramener Pomi­gliano d’Arco à des critères de rentabilité plus acceptables. L’usine, qui fait vivre 15.000 sous-traitants, est gangrenée par l’absentéisme et les faibles cadences. Sergio Marchionne veut «saturer» ses capacités pour sortir 270.000 voitures par an (contre 35.000 en 2009), un véritable saut de qualité. Il pose ses conditions : dix-huit tours de travail sur six jours (au lieu de dix sur cinq jours), 120 heures supplémentaires obligatoires, un bémol sur les grèves et les permis syndicaux, des pauses plus réduites. Le tout assorti d’un «pacte de responsabilité» prévoyant de lourdes amendes pour les syndicats qui ne respecteraient pas l’accord.

En cas de refus, Pomigliano d’Arco fermerait – «Je ne vois pas ce que je pourrais en faire», dit Marchionne. Les syndicats modérés, mais majoritaires, ont signé l’accord et, pour le soutenir, 5000 ouvriers et leur famille ont manifesté samedi à Pomigliano d’Arco. Quant au Parti ­démocrate, principale formation d’opposition, il affirme que «l’Italie ne peut se permettre de perdre un investissement aussi important». En revanche, la Fiom, syndicat minoritaire communiste, refuse toujours de signer.

Fiat doit donc annoncer en début de semaine s’il relocalise ou non.

Qu’elle se fasse ou non, cette relocaliation amène à se poser quelques questions. Effectivement, l’Italie, comme la plupart des pays d’Europe de l’ouest, peut difficilement faire la fine bouche devant un tel projet. Notre industrie a été, et est encore, bien trop massacrée pour que l’on puisse se passer d’un investissement aussi important. Et sur un plan purement symbolique, la décision de Fiat de s’investir pour son pays est révélatrice d’un changement de mentalité. Ou peut-être tout simplement de mode de management. Après celle du « tout délocalisé », peut-être sommes-nous passés à celle du « relocalisons un peu pour voir ».

D’un autre côté, doit-on tout accepter sous la menace d’un « sinon, je continue à produire moins cher ailleurs ! » ? L’accord que souhaite faire signer Fiat à ses salariés, c’est un peu « travailler plus pour gagner toujours pareil ». Sans parler de baisse de salaire stricto sensu, les cadences augmentent, les heures sup’ aussi, les pauses diminuent, et il faudra presque demander l’autorisation pour faire grève.

Toutes ces petites « exigences » sont-elles acceptables ? Et jusqu’où peut aller une entreprise pour justifier la rentabilité économique d’une relocalisation ? Entre les jusqu’au boutistes des droits acquis et les prêts à tout pour un peu d’industrie, l’équilibre est difficile à trouver.

Il convient donc d’être vigilant, sous peine de finir tous avec des salaires asiatiques et des cadences asiatiques…

Mais n’oublions pas non plus que ce que fait Fiat en Italie, aucun autre constructeur européen ne l’a jamais fait !

News du 23 juin 2010

Pour trancher le conflit entre syndicats et direction, Fiat a proposé aux salariés de l’usine de Pomigliano de voter par référendum en faveur ou non du plan prévoyant plus de flexibilité en échange d’investissements nécessaires (700 millions d’euros) pour maintenir le site ouvert et relocaliser la production de la prochaine Fiat Panda.

Près des deux tiers des salariés ont voté pour ce projet, instaurant des horaires de travail plus flexibles et limitant le droit de grève et l’accès à certaines prestations. La participation a été importante puisque 65% des salariés concernés ont voté. « Un taux jamais atteint pour une consultation de ce type », selon un syndicaliste. « Cet accord représente un symbole pour le système industriel italien : les relations dans le monde du travail pourraient radicalement changer en s’orientant vers une plus grande cogestion entre syndicats et entreprises », a commenté Maurizio Del Conte, professeur de droit du travail à l’université Bocconi.

Il va falloir délocaliser les délocalisations !

17 juin 2010 par admin 1 commentaire »

Police_chine

Après une série de suicides, le géant taïwanais Foxconn a dû consentir à une hausse de salaire de 70 %. Après deux semaines de grève dans son usine chinoise de pièces détachées, Honda a accordé, quant à lui, une augmentation de salaire de 24 %. Le mouvement, parti du sud-est de la Chine, fait tache d’huile dans le reste du pays. Hyundai Motor, près de Pékin, puis Brothers Industries (machines à coudre) dans le centre du pays ont à leur tour entamé une grève pour réclamer de meilleures conditions de travail et une hausse de salaire.

Si certains industriels étrangers implantés en Chine disent ne pas s’inquiéter de ces conflits sociaux, il n’empêche que ces événements reflètent des tensions indéniables sur le marché du travail chinois. Dans les usines du sud-est, partie la plus industrialisée du pays, la pénurie de main d’œuvre se fait à nouveau sentir. Les entreprises commencent à avoir du mal à trouver des salariés, même sans expérience.

Les ouvriers licenciés en 2009, au moment où la Chine était elle aussi touchée par la crise et le ralentissement industriel, ne sont pas tous revenus dans les zones côtières. Les paysans pauvres, les Mingong quittant leur campagne pour aller travailler dans les usines de la côte, qui ont été renvoyés dans leurs foyers avec leur baluchon lorsqu’on n’avait plus besoin d’eux, n’ont ainsi pas tous fait le chemin inverse.

De plus, la politique de l’enfant unique menée dans les années 80 crée aujourd’hui un déficit dans la génération des 18 – 25 ans. Les jeunes générations se sentent donc en position de force pour revendiquer de meilleures conditions de travail.

Mais ces évolutions sont également poussées par le gouvernement chinois, pressé de réorienter son économie à la fois vers la demande intérieure, et également vers une montée en gamme de son industrie. L’atelier du monde, c’est bien, mais la Chine aspire aujourd’hui à voir se développer des entreprises innovantes et de haute technologie.

Les autorités de plusieurs provinces ou villes chinoises ont donc donné un coup de pouce à leurs salaires minimum, en moyenne de 20 %. Pour les cadres, les salaires progressent encore plus rapidement, avec des hausses de 30 à 40 % en raison de la pénurie de personnel qualifié et d’un turn-over de plus de 10 %. Dans les zones côtières, un directeur d’usine automobile se recrute à 80 000 euros, un salaire pas si éloigné des tarifs européens. Et le prix des terrains et de l’immobilier devrait vraisemblablement suivre cette tendance à la hausse.

Conséquence quasi-immédiate de cette hausse des coûts de production, les entreprises chinoises à faible valeur ajoutée (dans le textile par exemple) entament déjà leur migration vers l’intérieur du pays, voire vers d’autres pays plus low cost, comme le Vietnam ou l’Inde. Et à part délocaliser les délocalisations, une autre piste consiste à essayer de faire monter les usines en gamme, en misant sur la R&D et l’innovation.

Le problème, c’est que l’innovation et la R&D, c’est précisément ce qui devait rester dans nos vieux pays occidentaux, ce qui ne devait pas être touché par la délocalisation !

Mais bon, il nous restera toujours les magasins qui vendent tous ces produits fabriqués à l’autre bout du monde. Enfin, tant qu’on aura encore un semblant de pouvoir d’achat. Parce que sans industrie créatrice de richesses, tout cela ne durera pas longtemps.